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divendres, 25 de maig del 2012

Un republicanisme social al Segle XVIII: l'excepció francesa?


Vendredi 01 juin 2012  |  Paris (75005)

Un républicanisme social au XVIIIe siècle : l'exception française ?

Social republicanism in the 18th century: the French exception?

Publié le mardi 15 mai 2012 par Elsa Zotian
RÉSUMÉ
Le colloque aura pour objet de discuter la pertinence pour le XVIIIe siècle français des attendus des historiens du républicanisme qui polarisant les discussions concernant ce courant autour des questions de la liberté des individus et des vertus civiques, relèguent au second plan celles de la justice sociale, et de l’égalité des conditions. Or certains philosophes considérés comme les principaux représentants du républicanisme en France au siècle des Lumières ont insisté sur la nécessaire répartition égalitaire des ressources en régime républicain.On pourra donc se demander comment souveraineté populaire et question sociale sont liées l'une à l'autre dans cette séquence historique et philosophique cruciale, puisqu’elle débouche, comme on sait, sur les bouleversements de la décennie révolutionnaire.
ANNONCE

Programme

Organisation et coordination : Stéphanie Roza (stephanieroza@yahoo.fr) et Pierre Crétois(pierre.cretois@gmail.com), avec le soutien de l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne et de la Fondation Jean Jaurès.

Vendredi 1er juin (salle D631) :

14h : Accueil des participants.
Présidence : Céline Spector (Philosophie, Université  de Bordeaux III) :
14h15 : Yannick Bosc (Histoire, IUFM de Rouen): « Républicanisme et protection sociale : l'opposition Paine-Condorcet »
15h00 : Françoise Brunel (Histoire, Paris I) : « La politique sociale de l'An II : un république de « collectivisme individualiste »? »
15h45 : Pause café
16h00 : Jean-Numa Ducange (Histoire, Université de Rouen) : « Fonder le républicanisme socialiste : Jean Jaurès et la Révolution Française »
16h45 :  Juliette Grange (Philosophie, université de Tours) : titre à préciser.
17h30 : Discussion de la première session.

Samedi 2 juin (salle Cavaillès) : 

9h15 : Accueil des participants. Présidence : Jean Salem (Philosophie, Paris I)
9h30 : Pierre Crétois (Philosophie, Lyon II), « Rousseau : souveraineté et égalité ».
10h15 : Vincent Bourdeau (Philosophie, Université de Besançon), « Economie politique ou économie morale des républicains ? Débats historiographiques et questions philosophiques au sujet de l'économie politique dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle ».
11h00 : Christophe Miqueu (Philosophie, IUFM de Bordeaux), titre à préciser.
11h45 : Christopher Hamel (Philosophie, Université Libre de Bruxelles), « Diderot et le commerce des blés : la critique de la liberté illimitée ».
12h30 : Déjeuner
14h00 : Troisième session. Présidence : Bertrand Binoche (Philosophie, Paris I)
14h15 : Johnson Kent Wright (Histoire, Arizona State University ) : « L'exception qui confirme la règle : l'Ecole de Cambridge et la France »
15h00 : Arnault Skornicki (Science politique, Paris X-Nanterre) : « Le moment néo-machiavélien dans l'économie politique des Lumières : de Forbonnais à Necker »
15h45 : Pause café
16h00 : Thomas Boccon-Gibod (Philosophie, Paris X-Nanterre): « De la volonté générale au service public : continuités et ruptures du républicanisme social français »
16h45 : Stéphanie Roza (Philosophie, Paris I) : « L'exercice de la souveraineté populaire, de Rousseau à Babeuf ».
17h30 : Discussion générale

Mots-clés
  • républicanisme, égalité, Révolution française
Lieu
  • Paris (75005) (17 rue de la Sorbonne (Université Paris I Panthéon-Sorbonne))
Dates
  • vendredi 01 juin 2012
  • samedi 02 juin 2012
Contact
  • Stéphanie Roza
    courriel : stephanieroza (at) yahoo [point] fr

diumenge, 19 de febrer del 2012

Un programme au siècle des Lumières ? Stéphanie Roza


Avec le Code de la nature, l’utopie de la communauté des biens émergeait des limbes de l'imaginaire pour s'ancrer dans le terrain de la réflexion « sérieuse », fût-elle encore purement spéculative. C'était assurément une étape nécessaire dans son cheminement vers la pratique politique.

En 1755 paraissait – anonymement et sous un nom d'éditeur fictif– le Code de la Nature1 ou le véritable esprit de ses lois. Ce petit livre, mi-pamphlet, mi-essai philosophique, prenait vigoureusement la défense d'un roman intitulé Le Naufrage des isles flottantes, ou Basiliade du célèbre Pilpai, paru deux ans plus tôt et attaqué par la critique de l'époque pour son extravagance. Pensez donc : cette utopie dépeignait dans des allégories bien trop faciles à déchiffrer la société d'Ancien Régime, son culte de l'intérêt personnel, la vanité de ses Grands, et l'étendue de ses inégalités, sous des couleurs horrifiques ; elle lui opposait l'image idyllique d'un peuple vivant sous le régime de la communauté des biens, uni dans la fraternité et la solidarité les plus complètes. Pouvait-on rien imaginer de plus absurde ? L’auteur du Code de la nature, qui s'avère dans le cours du texte n'être autre que l'auteur de la Basiliade lui-même, prenait donc la plume, cette fois-ci, pour mener sur le plan théorique une des attaques les plus violentes, en ce siècle de critique de toutes les institutions, contre la plus sacrée peut-être, celle de la propriété privée. Fait encore plus original, cette critique comportait un versant positif : le lecteur découvrait en effet à l'issue des trois premières parties un « Modèle de législation conforme aux intentions de la nature », autrement dit l'esquisse constitutionnelle d'une société basée sur l'appropriation commune des moyens et des produits du travail commun. Par là, l'auteur (un certain Morelly, dont aujourd'hui encore on ignore presque tout) introduisait une très importante innovation dans la tradition, déjà ancienne, des utopies « communautaires » qui, depuis le roman fondateur de Thomas More, L'Utopie, de 1516, se présentaient toutes sous la couverture rassurante et irréelle du rêve, de la fiction. Bien que l'état d'esprit de notre auteur, marqué par le scepticisme, soit en cela tout à fait au diapason de celui de ses prédécesseurs (« Je donne cette esquisse de lois par forme d'appendice, et comme un hors-d'œuvre, puisqu'il n'est malheureusement que trop vrai qu'il serait comme impossible, de nos jours, de former une pareille république », p. 148), cette forme choisie par lui imprimait de fait une inflexion dans l'histoire de ce genre politico-littéraire si difficile à circonscrire. À travers elle, comme l'écrivit le grand historien de la Révolution Française Albert Soboul, s'effectuait le passage des grandes odyssées romanesques de la période précédente à la « théorie sociale », dans laquelle un certain nombre de révolutionnaires de la fin du siècle iront puiser leurs principes d'action2. Avec le Code de la nature, l'utopie de la communauté des biens émergeait donc des limbes de l'imaginaire pour s'ancrer dans le terrain de la réflexion « sérieuse », fût-elle encore purement spéculative. C'était assurément une étape nécessaire dans son cheminement vers la pratique politique.

Repenser l’homme

La démonstration s'efforce tout d'abord d'établir que la nature humaine est fondamentalement compatible avec l'idéal social représenté dans la Basiliade. Il s'agit donc de repenser l'homme à nouveaux frais, et de rejeter l'anthropologie sombre, directement dérivée de la doctrine chrétienne et dominée par l'idée du péché originel qui prévaut jusque là dans la morale et la philosophie. Dans cette entreprise, Morelly n'est pas seul : au contraire, sa tentative s'inscrit pleinement dans un mouvement général des penseurs des Lumières, qui reprochent globalement à leurs aînés d'avoir peint l'homme plus méchant qu'il ne l'est ; toute la théorie du droit naturel, matrice des Droits de l'Homme, s'enracine d'ailleurs dans l'idée d'un état social primitif, « l'état de nature », où tout était commun. L'originalité de Morelly cependant, consiste à prendre appui sur les acquis de son siècle pour aller au-delà de ses objectifs généraux, égalité juridique, lutte contre le despotisme politique et le fanatisme religieux, etc. De fait, il radicalise la vision optimiste de l'homme que porte l'air du temps, à partir de la notion « d'amour de soi » (ou instinct de conservation, dans des termes plus modernes), que chacun s'accorde à placer au fondement des actions humaines. Notre auteur montre que cet amour ne peut se satisfaire que dans la coopération avec autrui, dans la mesure où les besoins de l'homme excèdent toujours « de quelque chose » ses forces propres. Cette interdépendance naturelle est renforcée par « l'inégalité harmonique » qui prévaut parmi nous, c'est-à-dire la « variété » des besoins et la « diversité de forces, d'industries, de talents » qui produit un équilibre général entre les atouts et les faiblesses de chacun. C'est dire combien l'homme est prédisposé à une vie sociale marquée par l'entraide, et le bonheur commun. C'est dire aussi, que la mort de la communauté originelle et l'établissement de la propriété privée a signifié la corruption de l'espèce humaine, sa dégénérescence morale et matérielle.

Espérance émancipatrice

Pourtant, et même si les temps ne sont pas encore venus, l'utopiste conserve foi en un rétablissement futur du bon ordre social. Dans le cadre d'un déisme rationaliste qui rappelle par bien des aspects la religion de Jean-Jacques Rousseau, Morelly affirme que la Providence préside aux destinées de l'humanité ; que cette Providence ne peut vouloir le malheur de l'espèce. C'est pourquoi le règne de la propriété ne peut être que transitoire ; mieux même, il a ce sens historique de donner aux hommes l'occasion de prendre pleinement conscience de leur vocation communautaire. Au terme de l'aventure, éclairés sur leur situation, ils doivent retrouver sur un plan supérieur l'état social harmonieux et bienheureux qui seul permet l'épanouissement complet de leurs facultés. Au-delà de cette profession de foi dans un avenir meilleur, il faut relever que l'invocation de la Providence est en fait mise au service d'une invitation faite aux hommes à se réapproprier leur propre destinée, et ce, par la prise de conscience des causes qui produisent les maux de la société. Espérance émancipatrice, encore floue sans doute, que d'autres se chargeront pourtant d'inscrire sur leurs drapeaux bien peu de temps après. En effet, si la question des moyens propres à mettre en œuvre la transformation sociale, ne fait pas partie des préoccupations de Morelly, en revanche la précision— et à certains égards, l'originalité— de son plan de législation lui confèrent une valeur programmatique qui n'échappera pas aux idéologues du « premier parti communiste agissant »3, le groupe de Babeuf. Les Égaux reprendront ainsi vraisemblablement au Code de la Nature, à côté de mesures que l'on retrouve dans toute la tradition utopique, certains points spécifiques : le projet d'une organisation de base de la société en « classes de travail », élisant leurs propres magistrats ; une conception de l'État comme devant à ses membres un ensemble de services sociaux indispensables ; l'idée d'un travail « libre » à partir de l'âge de quarante ans4. Devant ses accusateurs au procès de Vendôme, Gracchus Babeuf revendiquera l'héritage de l'auteur du Code, qu’il considère comme le « plus fougueux athlète du système »5. Peu connu en son temps, probablement éclipsé par son contemporain Rousseau, pourfendeur des inégalités sociales, Morelly est retombé, dans un oubli injuste. Il est temps de redonner à ce novateur la place qui lui revient, dans l'histoire intellectuelle en général, et dans celle des idées socialistes en particulier. Il conviendra aussi, sans doute, de lui rendre l'hommage particulier que méritent ceux qui, dans un isolement parfois complet, ne craignirent pas de s'élever contre l'ordre établi et son cortège d'injustices. Sans doute cette leçon de courage intellectuel ne paraîtra-t-elle pas superflue aujourd'hui, note discordante dans le conformisme ambiant. n1) Un Programme socialiste au siècle des Lumières ? Le Code de la Nature de Morelly, La Ville Brûle, 2011. 2) Voir à ce sujet l'article, co-écrit avec I. Hartig : « Notes pour une histoire de l'utopie en France au XVIIIe siècle », Annales Historiques de la Révolution Française, n°224, 1976, pp.161-179. 3) L'expression, célèbre, est de Marx. 4 )ur ce point, voir la discussion menée dans les colonnes des Annales Historiques par R.N. Coe, J. Dautry et A. Saitta : "La théorie morellienne et la pratique babouviste", AHRF n°150, 1958, pp. 38-64. 5) Le plaidoyer de Babeuf est reproduit in extenso dans le volume II de l'Histoire de Gracchus Babeuf et du babouvisme, par V. Advielle, Paris, rééd. CTHS, 1990.

Fête de l’Humanité : Dimanche 12h au village du Livre : Deux pensées critiques au siècle des Lumières : Rousseau et la philosophie, Morelly et l'utopie avec Claude Mazauric (historien, auteur de Jean Jacques Rousseau à 20 ans), Stéphanie Roza (initiatrice de la réédition Code de la Nature ou le véritable esprit de ses lois, d’Étienne-Gabriel Morelly), Patrick Coulon (Espaces Marx).

La Revue du Projet, n° 10, septembre 2011